Cet ancien prêtre Trélonnais est décédé le 2 décembre 2009 à l'âge de 88 ans. Son nom restera définitivement lié à la restauration du château de Montcornet (Ardennes)
Il était originaire d'une grande famille Valenciennoise. Bernard Lussigny, né le 3 février 1921, est entré au grand séminaire à Paris en 1942. Il effectue son service militaire à Dellys, en Algérie. il avait rempilé et fondé, sur place, une maternité avec l'aide de son capitaine
Sept ans plus tard, il sera ordonné prêtre à Cambrai. Il allait pouvoir enfin se consacrer à son sacerdoce dans diverses paroisses de l'Avesnois, tout en enseignant dans certains établissements catholiques. Partout où il est passé, l'homme à la pipe et grand amateur de Clan Aromatic, ne laissera que de bons souvenirs. A Maubeuge, en 1954, après avoir assisté à un congrès de l'abbé Pierre, il se lance dans le relogement des "sans-logis" et "mal logés".
Il est ensuite nommé vicaire à Trélon et c'est au cours de cette période que j'ai eu la chance de le côtoyer et de le servir. Je me souviens encore de son arrivée tonitruante à Trélon au volant d'une Bugatti. "C'est celle qui appartenait à Jean-Pierre Wimille" confiait-il à mon Père (qui était garagiste), et d'ajouter fièrement : "elle a gagné les 24 heures du Mans". C'était en effet un grand passionné de mécanique et de vitesse, mais tout l'intéressait, y compris les nouvelles technologies de l'époque. Avion, moto, voitures : Bernard Lussigny touchait à tout. « J'ai fait du planeur et de l'avion à Maubeuge, où j'ai aussi recréé le moto-club". Quant aux voitures, il avouera plus tard en avoir eu une soixantaine, dont cette fameuse Bugatti ainsi qu' une Aston Martin ! Mais cet homme d'église pour le moins atypique va surprendre rapidement en montrant des qualités humaines hors du commun. Il reloge très vite des Trélonnais qui vivent dans des taudis, il visite les plus démunis et encourage la lutte contre l'insalubrité.
Avec des groupes de jeunes gens, il crée une maison qui leur est destinée :"Le Cercle des Jeunes". Comme beaucoup de mes camarades, j'ai des souvenirs impérissables des longs moments passés dans cet endroit. Chacun se souviendra de la salle TV, spécialement aménagée avec des vieux strapontins récupérés dans un cinéma, où l'on se précipitait le jeudi pour y voir "Rintintin" et bien d'autres émissions pour la jeunesse, ceci sur une chaîne unique qui fonctionnait plus ou moins bien. Et que dire du premier juke-box avec certains 45 tours venus directement des USA, (plus tard il y aura même le premier Scopitone de la région) du baby-foot électrique à 10 cents qui affichait le score, mais surtout,de la découverte du premier flipper devant lequel on faisait la queue avec une pièce de 20 cents dans la main en espérant le "tilt" fatal du joueur trop expérimenté. Je me souviens également du billard français aux dimensions impressionnantes, et même d'un tir aux sangliers qui fut vite abandonné pour des raisons de sécurité.
Hélas, ce fut un grand vide quand il nous quitta. On apprit ensuite qu'il ne restait jamais plus de sept ans au même endroit. Il en avait décidé ainsi.
En 1959, ce passionné d'archéologie depuis son enfance, découvre le château de Montcornet. Un an plus tard, il le rachète. « Avec mes élèves, on allait fouiller des ruines depuis vingt ans. Je me suis dit qu'il y en avait marre d'aller fouiller chez les autres ». A partir de 1960, notamment avec certains Trélonnais, il commence à défricher et fouiller. Avec le temps, l'abbé et ses disciples (avec l'aide des sapeurs du 3e Génie) trouveront des centaines d'objets et traces du passé que l'on peut désormais découvrir dans les vitrines des salles du château.
À sa retraite, en 1991, il demeure à Montcornet où il était resté très actif. Au paravant, Il avait d'ailleurs été élu et réélu à plusieurs reprises au conseil municipal.
Aujourd'hui, je suis un peu triste en repensant à tous les bons moments qu'il nous a procurés durant notre jeunesse.
(Photo L'Union-Presse)


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